La situation des gardiens est le dossier le plus embrouillé à Vancouver, et c’est peut-être le Bélarusse de 26 ans, jamais repêché, qui forcera un départ.
Chaque camp d’entraînement a son feuilleton qui refuse de rester sagement dans son coin. À Vancouver cet automne, c’est un embouteillage de trois gardiens devant un seul filet.
Thatcher Demko. Kevin Lankinen. Nikita Tolopilo. Trois gardiens de calibre LNH, un seul poste, et une reconstruction qui n’a pas la patience de tous les traîner. Le directeur général Ryan Johnson et l’entraîneur-chef Manny Malhotra trancheront quelque part entre le premier match intraéquipe et la date limite des formations, et l’état de santé de Demko aura beaucoup à dire là-dedans.
L’Américain et le Finlandais ont déjà eu droit à leur analyse dans cette série de projections. Au tour de celui que personne n’a repêché.
Une saison en yoyo
Tolopilo a passé la saison 2025-26 au bout d’une corde. Dix-neuf matchs dans la Ligue américaine, 21 dans la LNH, et une valise qui n’a jamais été complètement défaite.
Les chiffres n’ont été tendres dans aucune des deux ligues :
- LAH : moyenne de buts alloués de 3,07 et taux d’efficacité de ,897
- LNH : moyenne de buts alloués de 3,61 et taux d’efficacité de ,881
- Départs avec trois buts accordés ou plus : 14
Ça, c’est la version ingrate de l’histoire. L’autre version, c’est que Tolopilo a montré assez de flashes pour garder la conversation ouverte, et il les a montrés contre de bonnes équipes.
Les deux soirées à revoir
La fin janvier a été son moment. Trois départs de suite, quatre buts accordés au total, et une seule victoire au bout du compte, parce que le groupe devant lui n’arrivait pas à provoquer le moindre rebond favorable.
Une de ces soirées aurait dû lui donner son premier blanchissage en carrière. Il a réalisé 32 arrêts dans une victoire de 2-0 et a fait tout ce qu’un gardien peut faire pour mériter le jeu blanc, avant de le perdre sur une technicité : les 2 min 11 s passées au protocole de commotion cérébrale en deuxième période ont forcé l’entrée de Lankinen, et le blanchissage a été accordé à l’équipe plutôt qu’à l’homme.
Puis est arrivé le 31 janvier contre Toronto. Trente-neuf arrêts dans une défaite de 3-2 en tirs de barrage, dont un tir de pénalité bloqué en prolongation face à Auston Matthews. Des gardiens se sont bâti des réputations complètes avec des moments plus modestes que celui-là.
La deuxième moitié de saison a été plus dure. Après un mois de retour dans la Ligue américaine, Tolopilo a été rappelé pour de bon et a disputé 11 matchs en mars et en avril, dont huit départs. Un seul de ces départs s’est terminé avec moins de deux buts accordés, une défaite de 2-1 contre Vegas le 7 avril. Il a tout de même bouclé l’année sur une bonne note, repoussant 24 des 27 lancers des Ducks le 12 avril pour signer une victoire.
Trois portes, un seul filet
Alors, la suite ? Il y a exactement trois façons d’en finir.
Porte 1 : il est échangé. Le scénario le plus probable, et le plus propre. Un gardien avec 21 matchs d’expérience dans la LNH et de vraies séquences de faits saillants a une valeur, et Vancouver compte plus de gardiens que de places disponibles.
Porte 2 : les Canucks en gardent trois. Possible, rarement joli. Un système à trois gardiens gruge du temps de glace, laisse quelqu’un rouillé et brûle une place dans l’alignement qui pourrait revenir à un attaquant ou à un défenseur supplémentaire.
Porte 3 : c’est Demko ou Lankinen qui part. Le scénario le moins probable, mais celui qui a le plus de sens sur un tableau blanc.
Voici le détail qui garde la porte 3 entrouverte : les âges ne concordent pas. Demko et Lankinen sont des vétérans dans une équipe qui n’est pas bâtie pour gagner maintenant. Tolopilo a 26 ans et cadre presque parfaitement dans l’échéancier de la reconstruction, assez près pour être jumelé à Aleksei Medvedev, l’espoir désigné comme le gardien d’avenir qui progresse dans la OHL, sans être si jeune qu’il faille le materner.
Ce qu’il doit faire au camp
Le mandat est simple à décrire et difficile à exécuter : se présenter prêt à se battre pour un poste qui, techniquement, n’existe pas encore.
Un bon camp accomplirait une de deux choses pour Tolopilo. Ou bien il forcerait la direction à considérer sérieusement l’échange d’un vétéran, ou bien il ferait grimper sa valeur au-delà d’un choix de troisième tour et lui ouvrirait une vraie porte ailleurs. Les deux résultats valent mieux que d’être l’homme de trop.
Et si les Canucks conservent bel et bien trois gardiens, le mandat ne change pas d’un poil. Être prêt à chaque départ, rester pertinent dans les plans de l’organisation et garder le marché au chaud.
Les projections 2026-27
Projeter un gardien dont l’adresse reste indéterminée relève de la devinette, alors voici la version honnête.
S’il reste à Vancouver : environ 30 à 35 départs dans une rotation, avec des chiffres dans le même voisinage que la saison dernière. L’inconnue, c’est le nouveau personnel d’entraîneurs. Une structure défensive plus serrée devant lui ferait davantage pour son taux d’efficacité que n’importe quel ajustement dans son propre jeu.
S’il est échangé : la charge de travail grimpe, probablement à 40 ou 45 départs et plus, selon la situation qui l’attend. Une équipe à la recherche d’un partenaire de duo 1A/1B achète des départs, pas une police d’assurance.
Ce qui n’arrivera pas : le ballottage. Il n’existe aucun scénario où Vancouver risque de le perdre pour rien. Il jouera avec l’orque sur la poitrine ou il jouera ailleurs. La Ligue américaine est écartée.
En résumé
Tolopilo n’est pas le meilleur gardien de la profondeur des Canucks, et il n’a pas besoin de l’être. Il est celui dont l’échéancier colle à celui de l’équipe, celui qui a le moins de réponses garanties, et celui dont le camp pourrait discrètement décider de quoi aura l’air le filet de Vancouver pour les trois prochaines années.
Gardez un œil sur lui en septembre. Le joueur le plus intéressant d’une telle bataille est presque toujours celui qui a le plus à perdre.

